Hero Image
- Virginie et Cindy

Accouchement accompagné
à domicile

L'AAD : état des lieux, avantages, limites ...

contraction dans la baignoire

Photo d'Ashley Marston

Définition

L’accouchement accompagné à domicile (AAD) est un accouchement physiologique non technicisé respectant le rythme de la mère et de l’enfant se déroulant à domicile et accompagné par une sage-femme. L’accompagnement par la sage-femme débute généralement dès les premiers jours de grossesse et se poursuit pendant les suites de couches. La sage-femme AAD est formée et équipée pour être en mesure d’intervenir médicalement en cas de besoin sur la mère comme sur le bébé (monitoring, oxygène etc). Il s’agit donc bien d’un accouchement bénéficiant d’une prise en charge médicale mais sans le recours à des techniques d’extraction instrumentales ou d'analgésiques.

Il convient de bien faire la distinction entre l’accouchement accompagné à domicile (AAD) et l’accouchement non assisté (ANA). Ce dernier se déroule en dehors de la présence d’un personnel médical, en l’occurrence sans sage-femme ou obstétricien, au domicile des futurs parents.

Indications

L’accouchement accompagné à domicile ne peut avoir lieu que dans un contexte de grossesse exempte de pathologie. Il s’agit principalement de grossesse mono-foetale, sans complication et avec une présentation céphalique du bébé. La sage-femme se base sur les critères (1) de la Haute Autorité de Santé (HAS) pour déterminer si la femme est bien à bas risque tout au long de sa grossesse.

En cas de nécessité pour la santé de la mère ou de l’enfant, un transfert vers un établissement de santé (maternité ou plateau technique) peut être mis en place. La proximité géographique du domicile des futurs parents avec un établissement de santé est de ce fait un élément dont il faut tenir compte dans son projet de naissance. D’ailleurs, il est important que, lors du dernier trimestre de grossesse, les parents constituent un dossier à la maternité, et prennent un rendez-vous avec l’anesthésiste, pour faciliter l’accueil en cas de transfert.

Avantages de l'AAD

accouchement dans une piscine

Photo d'Ashley Marston

  • Environnement familier, agréable, rassurant, ce qui facilite la sécrétion d’ocytocine. Cette hormone du bien-être et de l’intimité permet les contractions, la dilatation, la descente du bébé. Plus la future mère fabrique d’ocytocine, plus l’accouchement sera rapide et sécurisé. La douceur du foyer est donc l’endroit optimal pour cela.
  • Aménagement facilité du lieu de naissance (lumière tamisée, installation choisie dans la salle de bain ou le lit ou ailleurs, bougies, accès à une baignoire, déambulation en tout temps etc.)
  • Respect du rythme de la femme pour toutes les étapes du travail, de l’expulsion de son bébé et du placenta, de l’accueil de son bébé avec le co-parent. L’AAD permet de vivre un accouchement sans ruptures de rythme dûs aux changements de lieux (pas de transfert maison- voiture - salle d’attente - chambre - salle de travail - salle d'accouchement). La femme peut plus aisément entrer dans sa bulle, se connecter à son bébé et à son corps, et se laisser aller.
  • Présence exclusive de la sage-femme pour une femme et une seule. L’accompagnement est forcément plus personnalisé et humain. La surveillance du travail se fait en continu, sans interruption. Et l’observation clinique faite par la sage-femme est plus fine, plus précise : cela lui permet de repérer des signes de ralentissement du travail avant même que le monitoring s’affole.
  • Réelle confiance envers la sage-femme qui a suivi la grossesse et qui connaît déjà bien les parents. Surtout, qu’en cas d’un AAD, la préparation est généralement plus grande.
  • Pas d’allées et venues par du personnel médical ou des étudiants en médecine.
  • Mobilité de la future mère possible en tout temps.
  • Adoption par la mère de la position pour accoucher qui lui convient et non une position imposée par un protocole hospitalier.
  • Vocalisation facilitée par l’environnement familier de la future mère (pas de peur de déranger les autres accouchées !)
  • Possibilité d’associer les autres enfants de la fratrie à l’événement.
  • Possibilité de boire et de manger tout au long du processus de l’accouchement.
  • Préparation prénatale des futurs parents généralement plus importante pour un AAD.

En bref, à la maison, la physiologie est totalement respectée, et il y a donc bien moins de risques que le processus de l’accouchement soit perturbé, et cela quelle que soit la bienveillance de l’équipe médicale en maternité.

En quelques chiffres:

  • La mortalité maternelle est nulle.
  • Le taux d’épisiotomie est de 0.3% soit 67 fois moins qu’en population générale.
  • Le taux d’hémorragie du post-partum sévère est de 0,55%, soit 3,5 fois moins qu’en population générale.
  • Moins de 1% des bébés ont nécessité une réanimation néonatale et pour ces cas, leur état a été stabilisé par la sage-femme en attente des secours ; soit 6 fois moins qu’en population générale.

Limites de l'AAD

  • Projet de naissance à domicile peut, jusqu’à la toute fin de grossesse, ne pas se concrétiser. Il faut être préparé et rester ouvert à la possibilité d’un accouchement à l’hôpital en cas de complication.
  • Accouchement sans moyens pharmacologiques pour accélérer et/ou soulager le travail, et sans anesthésie (péridurale, rachianesthésie, anesthésie du bloc pudendal ou locale) nécessitant une préparation mentale et/ou physique pour la gestion de la douleur.
  • Transfert de la mère peut entraîner un stress, un arrêt des contractions ou diminuer leur efficacité.
  • Prise en charge indispensable des autres enfants de la fratrie s’ils sont présents sur place pour leur expliquer la naissance, les soutenir et les occuper.
  • Risque de renouer trop rapidement avec les corvées domestiques.

Questionnements autour de l'AAD...

17 % (2) des femmes de 18 à 45 ans déclarent « tout à fait » souhaiter accoucher à domicile si c’était possible. 19 % (3) des femmes de 18 à 45 ans déclarent « plutôt oui » souhaiter accoucher à domicile si c’était possible. Or le nombre réel d’accouchements ayant lieu au domicile des futurs parents est bien moindre. En effet, 0.3 % (4) des françaises seulement accouchent à domicile chaque année. Cela représente environ 2 000 femmes pour un total de 800 000 naissances par an.

On peut donc se demander ce qui explique une telle différence entre les souhaits d’accouchement des futures mères et la réalité.

Hostilité de certaines maternités envers cette pratique, impossibilité pour les sages-femmes de s’assurer professionnellement en cas de pratique d'accouchements à domicile, imaginaire collectif qui considère l’accouchement accompagné à domicile comme une prise de risque inconsidérée...les débuts d’explications sont nombreux.

Cependant, il est temps de redonner à l’accouchement accompagné à domicile toute sa place afin de répondre à une demande croissante de la part des futurs parents. Rappelons avec force et conviction que l’accouchement accompagné à domicile allie intimité et sécurité, respect du rythme de l’accouchement et de la naissance et ceci tant pour la mère que pour l’enfant à naître.

Malgré tous les avantages de l’accouchement accompagné à domicile, cette option est encore peu accessible en France aujourd’hui pour les familles. Quand cette façon d’accoucher deviendra-t-elle une pratique à part entière intégrée au système de soins français actuel ?

Sources

(1) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-03/05r08_fiche_tech_suivi_des_femmes_enceintes_type_de_suivirecommande.pdf
(2) sondage IFOP pour APAAD – Projet 714780 - Janvier 2021
(3) sondage IFOP pour APAAD – Projet 714780 - Janvier 2021
(4)_ rapport APAAD 2018

Publications apparentées: